Utilisée par les amérindiens depuis des siècles en raison de ses nombreuses vertus, la gaulthérie couchée (Gaultheria procumbens) est une bruyère d’une hauteur de moins de 15 cm de la famille des Ericacées. Elle pousse dans les forêts d’Amérique du Nord, du Canada et de Chine.
Ses fleurs généralement solitaires en forme de petites cloches dont la couleur passe du blanc au rose pâle sont situées à la base des feuilles. Ses fruits sont de petites baies rouges écarlates en forme de petites pommes qui apparaissent d’octobre à mars. Les feuilles, une fois séchées sont infusées ou mâchées afin de faire baisser la fièvre ou calmer les douleurs articulaires.
Son huile essentielle (Wintergreen) issue de ses feuilles - 145kg de feuilles pour faire 1kg d’huile essentielle - est utilisée avec de l’huile essentielle d’Eucalyptus Citronné ou de Cèdre de l’Atlas pour ses vertus anti-inflammatoires et avec de l’huile essentielle d’Ylang-Ylang pour ses propriétés analgésiques exceptionnelles. Avec de l’huile essentielle de Romarin à camphre, elle est très souvent utilisée pour des soins musculaires comme les tendinites, les lumbagos ou les crampes. Elle a, d’ailleurs, une odeur très caractéristique de celle des baumes utilisés dans le domaine de la médecine sportive.
Cette huile peut également être utilisée avec l’huile essentielle d’Immortelle (= Hélichryse Italienne) pour ses vertus antirhumatismales et, en synergie avec l’HE du Romarin à verbénone, stimulante du foie. Elle entre dans la composition de pâtes dentifrice et gommes à mâcher. Avec les huiles essentielles de menthe poivrée, de lavande vraie et du noble laurier, elle soigne également de terribles céphalées circulatoires et hépatiques.
Son action analgésique exceptionnelle est surtout due à sa composition : le salicylate de méthyle (99%). C’est un coumarine (ester aromatique) qui, après absorption percutanée, se transforme en acide salicylique, le constituant principal de ... l’aspirine. Ainsi, l’huile essentielle de Gaulthérie permet le soulagement direct des zones douloureuses par une application locale ; comme s’il s’agissait d’une aspirine sous forme d’huile.
J’en ai fait plusieurs fois l’expérience sur mon lumbago ou sur une sinusite : l’effet est immédiat. Pour le lumbago, les muscles se détendent immédiatement et, pour la sinusite, même si le nez n’est pas dégagé (d’autres huiles essentielles y remédient), la douleur et l’inflammation partent instantanément après l’application d’une goute de l’HE sur le sinus concerné.
Par contre, l’huile essentielle de la gaulthérie est très irritante pour la peau et toute application réclame au moins d’être mélangée à une huile végétale (de noisette ou de sésame) ou d’une autre huile essentielle non irritante (20% d’HE de gaulthérie et 80% d’huile végétale). De plus l’HE de Gaulthèrie réclame une grande prudence auprès des personnes hypersensibles au salicylates (notamment l’aspirine) et, comme d’habitude, auprès des femmes enceintes ou qui allaitent et auprès des enfants de moins de 6 ans.
A très faible dose, cette huile se révèle être euphorisante et très relaxante. En fait, elle ne s’utilise quasiment qu’en application cutanée (frictions ou massages) et JAMAIS - j’ai écrit "jamais" - en diffusion. Son usage interne est très peu courant et demande d’énormes précautions de la part d’un aromathérapeute expérimenté.
Il faut d’abord comprendre que les huiles essentielles n’agissent que très rarement sur un symptôme local comme le font généralement les médicaments chimiques.
En inhalant, par exemple, les huiles essentielles via un diffuseur, les neurones olfactifs qui se trouvent sous forme de petits poils dans notre nez sont stimulés. Ces neurones communiquent avec le système nerveux central (un peu comme ceux du toucher qui nous permettent de percevoir la pression ou la chaleur sur notre peau). En activant les neurones spécialisés de l’odorat, les substances olfactives activent le système limbique et endocrinien provoquant la sécrétion de diverses substances neurochimiques (ex : hormones). Parmi elles : l’endorphine et l’encéphaline qui inhibent la douleur, la sérotonine qui calme et détend ou la noradrénaline qui rend plus éveillé.
Nous avons donc le schéma suivant :
Certaines huiles, comme celles de Cèdre de l’Atlas ou de Valériane, génèrent même des odeurs se rapprochant de la sueur, de l’urine ou de phéromones humaines ou animales. Elles agissent, à leur tour, sur l’émission de noradrénaline agissant comme stimulant sexuel. On est pas loin du fameux philtre d’amour du roi Mark dans Tristan et Iseult.
Dans le cas d’une huile essentielle antalgique à l’exclusion de celle de la Gaulthérie couchée, les HE comme celle de la Rose, la Lavande ou de la Camomille, stimulent, via l’odorat, le système nerveux qui agit, à sont tour, en libérant les endorphines et/ou l’encéphaline nécessaires à un état de repos, de relaxation ou de baisse de la sensation de douleur.
Quant à l’HE de Gaulthérie couchée, en atteignant le réseau nerveux (par contact de la peau ou par inhalation), elle dégrade immédiatement son composé principal en acide salicylique (en aspirine, en somme) et "endort" localement les neurones atteints. Dans le cas d’une diffusion d’HE de Gaulthérie, on se retrouve, donc, avec un odorat en partie ou complètement anesthésié avant qu’il n’aie pu transmettre quoique ce soit au système nerveux central. Où est, dès lors, l’intérêt de l’opération si, par exemple, les autres HE utilisées en synergie (foireuse, la synergie) ne stimulent plus rien du tout ?
Pire, l’acide salicylique, inhibe localement l’émission de médiateurs chimiques tels que les "prostaglandines". Ces prostaglandines sont les principaux médiateurs, par exemple, de la douleur, de l’inflammation et de la fièvre. Elles sont, notamment, importantes dans le fonctionnement de notre système immunitaire. Si, sur un muscle blessé ou un lumbago, il n’est pas très important d’avoir un système immunitaire toujours efficace, on comprendra qu’un système respiratoire anesthésié par une diffusion d’HE de Gaulthérie aura de grandes difficultés à se défendre contre des agressions comme la bronchite, la pneumonie, la grippe ou le rhume.
On a, donc, ici, un des rares cas où une huile essentielle agit localement comme les médicaments chimiques le font traditionnellement, hors du champs de la phytothérapie ou de sa petite sœur, l’aromathérapie.
Sources web :
http://www.aroma-zone.com/aroma/fichegaultherie.asp
Sources biblio :
L’aromathérapie - Principes, indications, utilisations, Monika Werner - Ruth Von Braunschweig, Editions Vigot, paris, janvier 2008 - ISBN 978-2-7114-1839-8
L’aromathérapie - Se soigner par les les huiles essentielles, Dominique Baudoux, Editions Amyris, coll. « Douce Alternative », Bruxelles, 2008 - ISBN 978-2-9303-5361-6
(Par Nessie. Le 07/11/2009.)
Merci pour cet article très enrichissant. Etant perclus de petite douleurs ces derniers temps j’ai massé avec une huile à base d’huile essentielle de Gaulthérie couchée, l’odeur n’est pas agréable mais c’est efficace ;)
(Par Applejuice. Le 09/11/2009.)
L’odeur - qui rappelle celle des infirmeries sportives - est effectivement une autre raison de ne pas mettre de Gaulthérie sur un diffuseur.
(Par f5blp. Le 02/8/2010.)
et bien moi c’est pareil j’ai appris les bienfaits de ce" medicament" pour une tendinite au talon d’achille, etant randonneur, et j’attends ces bienfait je le prends depuis 5 jours en massage plusieurs fois par jour
(Par Lughy. Le 02/6/2011.)
Merci pour cet article très édifiant. J’ai toutefois beaucoup de mal à comprendre en quoi les cellules olfactives ne seraient pas affectées par un massage avec une huile dans laquelle on aurait mélangé de la gaulthérie, tant sa fragrance est puissante, et ne provoquerait donc aucun effet tel que celui (affolant) que vous décrivez par son utilisation en diffusion aérienne. Pour autant que je conçoive que cette dernière façon de procéder soit en mesure de donner lieu à une réaction plus massive, il reste que l’utilisation topique de la gaulthérie ne me paraît pas moins problématique au plan respiratoire.
(Par Colibis. Le 03/6/2011.)
Bonjour Lughy,
L’HE de Gaulthérie couchée est une des seules HE à créer des ions positifs en diffusion. De plus, elle contient des phénols (certes en quantité infime, moins de 1%) et, comme les HE à cétones et aldéhydes, elle ne peut être diffusée. Une fois de plus, nous sommes ici face à une huile essentielle merveilleuse mais délicate d’emploi.
Je vous souhaite une bonne journée.
Colibis
(Par Nanou. Le 02/10/2011.)
Bonjour,
J’ai lu avec beacoup d’attention votre article concernant HE gaulterie couchée, d’autant que je souffre d’ostéoporose. J’aimerais avoir une précision, peut-on utiliser cette HE plusieurs fois par jour, sans risques.
Merci pour votre réponse.
(Par Colibis. Le 27/10/2011.)
Bonjour,
Oui, on peut l’employer deux à trois fois par jour moyennant quelques précautions car ce n’est pas une HE anodine. Ainsi, elle doit toujours être diluée à 25% dans une huile végétale (adoucissante, anti-inflammatoire ou antalgique)car elle peut-être irritante/ Elle est interdite aux personnes allergiques aux dérivés salicylés/ Elle est fluidifiante sanguine et augmente donc l’action des anti-coagulants/ Elle est hypotensive/ Elle est toxique en interne et crée des ions positifs en diffusion (ces deux voies sont donc à proscrire). Et enfin, elle doit être utilisée sur une COURTE période.
Au vu de toutes ces précautions d’emploi (qui ne sont pas les seules), je ne peux que vous conseiller d’en parler avec un médecin qui connaît votre état de santé.
Je vous souhaite une belle journée.
Colibis
(Par jym. Le 01/1/2012.)
Y-a-t-il des différences importantes entre la Gaulthérie Couchée et la Gaulthérie Odorante quant-à leur utilisation et leurs propriétés respectives ?
(Par Colibis. Le 05/1/2012.)
Bonsoir,
Ce sont des huiles "cousines",la gaulthérie couchée (Gaultheria procumbens)est originaire de Chine, la gaulthérie odorante (Gaultheria frafrantissima) est originaire du Népal. Leurs propriétés sont similaires. Elles sont composées toutes deux majoritairement de salicylate de méthyle.